Au coeur de la Champagne, la ville de Troyes accueille un chantier titanesque : la construction d'une splendide cathédrale.
Le succès de ce chantier et le destin de la ville se retrouve entre les mains de quelques membres influents qui devront tout faire pour participer au développement de la cité tout en attirant sur eux prestige et renommée...

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Présentation :
Parmi les jeux édités à l’occasion du salon d’Essen 2010, Troyes est sans doute celui qui a fait le plus de buzz avec 7 Wonders.
Beaucoup plus complexe que ce dernier, Troyes s’adresse à un public averti qui n’a pas peur des belles mécaniques à l’allemande avec pléthore de façons différentes de marquer des points. Et dans le genre, c’est une réussite qui nous vient notamment de l’auteur de Palais Royal et Carson City.

Ici les joueurs incarnent des membres influents de la ville champenoise qui vont présider à son développement pendant plusieurs siècles d’histoire.
Le but : marquer le plus de points de victoire en luttant contre les envahisseurs, en construisant la cathédrale ou en développant le commerce. Chaque joueur a par ailleurs un objectif caché générant de nombreux points pour lui et ses adversaires.
Pour permettre toutes ces actions, les joueurs vont utiliser… des dés !

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Matériel de jeu : prestige, dés et deniers

Fonctionnement :
La partie se joue en un nombre de tour dépendant du nombre de joueur (de 4 à 6 tours) 

Après avoir encaissé leur revenu, les joueurs lancent autant de dés qu’ils ont placé de personnages sur les bâtiments principaux de la ville.
Tout au long de la partie, les joueurs vont utiliser ces dés de couleur pour réaliser différentes actions. Les dés auxquels ils ont droit dépendent des personnages qu’ils ont installés sur les 3 bâtiments principaux de la ville.
Il existe un bâtiment pour chaque couche de la société : Noblesse (bâtiment rouge), le Clergé (blanc) et le Tiers Etat (jaune)

Exemple : un joueur qui a placé 3 figurines sur l’évêché lancera 3 dés blancs représentant la puissance de travail de ses hommes d’église.

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Le joueur Orange lance 1 dé blanc et 2 dés rouges

Une fois les dés lancés, vient une phase d’Evènements.
Les joueurs subissent une série de pénalités (comme perdre de l’argent) et doivent lutter contre les ennemis attaquant la ville en dépensant un ou plusieurs de leurs dés.

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3 cartes évènements contre lesquelles les joueurs vont devoir lutter collectivement 

Arrive ensuite le cœur du jeu : la phase d’action.
Chacun leur tour, les joueurs forment des lots de 1 à 3 dés de la même couleur pour accomplir une action. Ces dés peuvent être pris chez soi ou achetés à ses adversaires.

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Les dés situés au centre du plateau sont utilisés pour faire des actions

Une fois le lot de dés constitué, le joueur peut :

- Placer un personnage supplémentaire sur un des 3 bâtiments principaux. Le joueur lancera ainsi un dé supplémentaire au prochain tour. 

- Construire la Cathédrale : cette action rapporte peu de points. Toutefois un joueur n’ayant pas participé à la construction de la cathédrale peut perdre jusqu’à 6 points de victoire en fin de partie.

- Lutter contre un évènement : cela permet au joueur de retirer de la partie un évènement négatif qui ne sera plus pris en compte lors de la phase Evènement. En plus de générer des points de victoire cette action apporte des points d’influence qui servent à changer la valeur de ses dés et donc contrôler le hasard.

- Utiliser des cartes Activités : au fil de la partie, 9 cartes Activités sont mises en jeu. Toutes différentes, elles permettent de gagner de l’argent, des points d’influence, des points de victoire et plein d’autres avantages qui aideront les joueurs.

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3 cartes Activités permettant d'obtenir des deniers ou d'augmenter la valeur de ses dés

Pour ces 2 dernières actions, la somme des dés sélectionnés est divisée par une valeur indiquée sur la carte. Le résultat indique le nombre de fois que le joueur pourra effectuer l’action.

Exemple : le joueur prend 2 dés rouges de valeur 5 et 3, soit un total de 8.
Il sélectionne la carte Activité Mercenaire. Elle lui permet de gagner 3 pièces d’or pour chaque activation.

Cette carte ayant un diviseur de 2, il peut activer la carte 4 fois (8 pour les dés / 2 pour la carte = 4 activations) Il encaisse donc 12 pièces.

Une fois que le joueur a fait son action, c’est à son voisin de sélectionner un lot de dés. Et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le monde passe ou qu’il n’y ait plus de dés sur la table.
On entame alors un nouveau tour.

A l’issue de 4 à 6 tours de jeu, la partie se termine.
Chaque joueur absent à la Cathédrale perd des points puis chacun révèle son objectif caché.
Chaque joueur marque des points pour chacun des objectifs révélés (y compris ceux des adversaires)
Le vainqueur est celui qui obtient le plus grand nombre de points de victoire.

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Avis :
Lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de Troyes, j’étais étonné de voir qu’il n’était pas édité par Ystari tant ce jeu de dépareillerai pas aux côtés de Caylus, Yspahan ou Amyitis. Une règle solide mais concise, un jeu profond nécessitant un certain apprentissage, de la gestion, de l’interaction et même les fameux Y et S présents dans le titre…

Et pourtant le jeu est proposé par une toute nouvelle maison d’édition belge nommée Pearl Games et créée pour l’occasion.
Troyes a aussi une très grande différence avec les jeux en "ys" : sa faible dimension thématique. Contrairement à ce que l’on entend souvent dire, la plupart des jeux Ystari ont une forte approche thématique qui justifie souvent les choix mécaniques et qui de ce fait aident à l’appropriation des règles du jeu.

A l’inverse, Troyes propose des mécanismes certes originaux mais très abstraits (ici à base de mathématiques) et parfois alambiqués. Pas facile à appréhender, le jeu nécessite du coup une ou deux parties pour dépoussiérer l’ensemble.
Une caractéristique que l’on retrouve souvent dans les jeux de Xavier Georges.

Marchand_400Un parfait exemple est la carte Activité du Marchand.

Pour en profiter, le joueur doit composer un lot de dés jaunes. Pour cela il peut utiliser ses propres dés, éventuellement en changer la valeur grâce aux points d’influence ou encore en acheter à ses adversaires (le prix de chaque dé étant variable)
Il doit ensuite poser un de ses personnages sur la carte Marchand. Pour ce faire il doit payer une somme d’argent indiquée sur la carte et recruter un personnage en dépensant des points d’Influence. Le fait de poser ce personnage lui permettra de gagner des points de victoire en fin de partie.
Enfin, il doit additionner ses dés et les diviser par la valeur de la carte ; ici 2. Pour chaque activation, il remporte 2 pièces d’or.
Ainsi un joueur ayant un total de 14 active la carte 7 fois (14/2) et remporte 7 fois 2 pièces soit 14 pièces… Pas toujours facile à appréhender.

Heureusement, dès la deuxième partie la mécanique apparait plus claire et les tours deviennent plus fluides.

Dans tous les cas, cela n’enlève en rien aux grandes qualités de ce jeu à commencer par la gestion originale des jets de dés.
Notamment, le hasard peut être contrôlé par l’utilisation judicieuse des points d’influence et par l’achat de dés aux adversaires.
Certaines cartes activation permettent aussi de se prémunir contre des jets moins intéressants en transformant leur valeur ou leur couleur.

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Un autre élément fort appréciable et qu’il y a toujours quelque chose à faire lorsque vient son tour… la plus grande difficulté consiste à savoir quelle est l’action la plus intéressante à faire. Attention aux indécis !

L’interaction entre les joueurs est présente. S’il n’y a pas de négociation, les joueurs peuvent acheter les dés des autres ou pousser les adversaires à acheter les siens. Il est aussi possible de chercher des alliés dans la lutte contre les évènements ou de chasser ses adversaires des bâtiments principaux, les privant de dés.

Les objectifs cachés sont une autre source d’interaction.
En plus de marquer des points pour soit, les objectifs rapportent des points aux adversaires.
Il faut veiller à avancer sur son objectif tout en cherchant à deviner les objectifs de ses adversaires. Chacun a intérêt à ne pas montrer de façon trop évidente quel objectif il a s’il ne veut pas offrir de points faciles aux autres.
Une clé de la victoire consiste donc à brouiller les pistes…

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Les joueurs sont ici récompensés en fonction de leur pièces, leur influence et de leur participation à la construction de la cathédrale

Bien que très stratégique, Troyes réclame aussi de grandes capacités d’adaptation notamment du fait des cartes Activités.
Ces 9 cartes apparaissent au fil de la partie et jusqu’au 3ème tour, il est impossible de savoir quelles actions vont faire gagner des points de victoire. Il faut savoir abandonner certaines positions pour se redéployer sur d’autres parties du plateau. 

Ces mêmes cartes Activités sont au cœur du renouvellement des parties. En fonction des 9 cartes (parmi 27) qui seront mises en jeu, les actions permises seront différentes et des combos seront possibles.
Couplées avec les cartes Evènements et les objectifs cachés, les parties ont des profils sensiblement différents. C’est toujours un plus.

Malgré sa complexité et sa capacité à retourner le cerveau, Troyes est un jeu original, addictif, interactif et joliment illustré. Un jeu poids lourd qui sait se démarquer.

critique 

Liens et Téléchargement :
- Règle du jeu (format PDF)
- Annexe aux règles
- F.A.Q. sur Ludigaume
- Cartes Bonus à télécharger